Histoire de l'escadron

LE TEMPS DE PAIX (1918-1939) ET LA CONSTITUTION DU GROUPE II/19

Le groupe de bombardement II/19, créé le 1er avril 1937, trouve ses origines dans les escadrilles de la Grande Guerre SAL 28 et SPA 79. En 1932, ces 02 unités constituaient les escadrilles du camp de Cazaux : 1ère escadrille, commandée par le Capitaine Barthe, et 2ème escadrille du Capitaine Perronneau équipées respectivement de Nieuport 622 et Breguet 19 et de Breguet 19B.2. Chargées de mener des expériences de bombardement et de tir, ces formations donnèrent naissance en mars 1933 à une escadrille spécialisée dans la reconnaissance de nuit (1ère escadrille) et une autre (2ème escadrille), destinée à la reconnaissance de jour. Quatre mois plus tard, une note ministérielle permit à ces unités de reprendre les traditions de la SAL 28 et de la SPA 79, dont les insignes sont respectivement l’éléphant du Nil et la tête de loup en profil. Intégrées dans le groupe de grande reconnaissance de Cazaux elles furent dotées de Potez 25 TOE et de Mureaux 113R.2 en janvier 1935, pour être transformées à peine quelques mois plus tard, sur Potez 540.

Puis en octobre 1936, le groupe de Cazaux devint une unité de bombardement, et il rejoignit en janvier 1937, la base de Bordeaux-Merignac où il fut incorporé le 1er avril de la même année à la 19ème escadre, sous l’appellation de GB II/19. Dans le même temps, cette formation commença à passer, non sans de graves problèmes, sur Bloch MB 210. En mai 1939, elle prit le chemin de l’Afrique du Nord afin d’y effectuer des exercices de bombardement. Transitant par Tunis El Aouina, le groupe atteignit Oran le 20 de ce mois, puis partit pour Ksar es souk, au Maroc. Le 26 août suivant, le II/19 rallia Setif, en vue de faire face à toute agression italienne en Tunisie.

Aucun état de belligérance n’étant déclaré avec ce pays, le groupe fut ramené à Blida vers le fin de septembre 1939 et se trouva cantonné le mois suivant à Biskra, où il forma avec la 61ème escadre le groupement d’instruction 2. En mars 1940, une escadrille du II/19 gagna le Maroc afin d’y éprouver les Douglas DB 7 sur lesquels le haut commandement comptait transformer le groupe de bombardement. Le passage sur ce nouvel appareil s’effectua en avril-mai et, au milieu de ce dernier mois, le II/19 regagna la France, où les Allemands venaient de lancer leur grande offensive.

Le 20 mai, le groupe se retrouva à Evreux. Deux jours plus tard, ses missions de guerre débutèrent, en l’occurrence contre des colonnes ennemies qui empruntaient la route de Cambrai à Bohain. Les sorties se succédèrent dès lors et portèrent vers la fin de mai sur la région d’Abbeville et de la somme, mais également sur Ham et Saint-Quentin. Le 02 juin, le groupe fut transféré sur le terrain de Pithiviers, d’où il poursuivit dès le 05 ses missions contre les forces allemandes lancées à l’attaque sur le front de la somme et de l’aisne. L’avancée ennemie se faisant alors menaçante, le II/19 rallia le 11 juin la base de Subdray, entre Bourges et Saint Florent sur Cher, puis il gagna Agen (15 juin) et enfin, par Lézignan, l’Afrique du Nord. Arrivé à Blida, le II/19 partit pour Souk el arba le 21 juin et s’y prépara à bombarder la Sardaigne, l’Italie étant entrée en guerre quelques jours auparavant. Une expédition sur Cagliari fut décommandée en raison de l’entrée en vigueur de l’armistice, le 25 juin, avec l’Allemagne et l’Italie.

DE L’ARMISTICE A L’ENTREE EN GUERRE AVEC LES ALLIES (20/06/1940-25/05/1944)

Maintenu en activité au sein de l’Armée de l’air d’armistice, le GB II/19 fut placé en état d’alerte après les attaques britanniques contre Mers el Kébir, en juillet 1940. En août de la même année, il gagna Meknes au Maroc, afin d’assaillir Gilbratar. Cette mission étant annulée, le groupe revint à Blida, qui devint sa base de rattachement. Ayant recomplété ses effectifs, il reçut l’appellation nouvelle de groupe de bombardement léger I/19 le 1er septembre 1940, tandis que ses 3ème et 4ème escadrilles devenaient respectivement 1ère et 2ème escadrilles. Les 23 et 25 septembre il fut partie prenante des attaques menées contre Gilbratar, puis il regagna Blida. Quand survint le débarquement allié en Afrique du Nord, en novembre 1942, le groupe ne participa que très peu à la résistance qu’opposa l’armée de Vichy aux Anglo-Américains. Basé à Rovigo, il attendit son réarmement par les Alliés et fut transféré à Colom Béchar au début de janvier 1943. Il y subit un long entraînement jusqu’en octobre de la même année, époque où il fut dissocié, certains de ses éléments étant expédiés à Constantine (1ère escadrille), les autres à Sétif (2ème escadrille).

Peu après commença un stage sur Martin B 26 Marauder et, le 21 février 1944, le I/19 prit dénomination de groupe de bombardement moyen I/19 GASCOGNE.
Ayant poursuivi son entraînement sur Martin B-26 tout au long des mois de février et de mars, le groupe gagna le 1er avril 1944 le terrain de Châteaudun-du-Rhumel et y forma une escadre de bombardement avec la Bretagne et le Maroc, déjà engagés en opérations.

Campagne d'Italie

Commandé par le commandant Secrétan, le GBM I/19 partit pour la Sardaigne, qui se trouvait aux mains des Alliés, le 15 mai suivant et effectua sa première mission de guerre un mois plus tard, en attaquant des voies de communication dans la région de La Spézia, en Italie. Les sorties se succédèrent alors, visant des ponts, des voies de chemin de fer, des gares et des routes situées dans la péninsule italienne. Elles se poursuivirent tout au long des mois de juin et de juillet avant de s’orienter, à partir d’août, sur le midi de la France en prévision du débarquement en Provence. La première mission sur le territoire métropolitain fut accomplie le 2 de ce mois, et, au cours de la deuxième, le 4 et 15 août, les B-26 du Gascogne s’en prirent au pont routier de Sisteron. Puis l’activité du I/19 se partagea entre la France et l’Italie.

Campagne d'Allemagne

Au début d’octobre, le groupe rallia le midi et s’implanta dans un premier temps à Istres. Il gagna Lyon-Bron dès la mi-novembre afin de prendre part aux opérations menées depuis dans l’est du pays. La première mission conduite sur l’Allemagne eut lieu le 17 novembre et visa le pont ferroviaire de Neuenburg, sur le Rhin, entre Mulhouse et Colmar. Les objectifs qui furent désignés par la suite au I/19 furent soit des ponts, soit des gares, ou bien encore des casernes. Le mauvais temps qui régna en janvier, février et mars 1945 ralentit les sorties, et, le 19 mars, le GBM I/19 effectua sa dernière mission depuis Lyon-Bron. Il gagna alors Saint-Dizier et poursuivit ses actions sur l’Allemagne jusqu’au milieu du mois d’avril, époque à laquelle il participa à des raids contre les poches de Royan et de la pointe de Grave, tenues par les Allemands depuis le mois d’août 1944. La poche de Royan étant réduite, le groupe reprit ses sorties sur l’Allemagne jusqu’à la fin des hostilités.

DISSOLUTION DU GROUPE

Stationnant en France pendant quelques mois, le I/19 s’installa à Mengen, en Allemagne, en septembre 1945 et fut dissous en avril 1946, alors qu’il se trouvait sous le commandement du commandant Forget.

RECONSTITUTION ET GUERRE D’INDOCHINE

Il fut reconstruit en janvier 1951 sous l’appellation de I/19 Gascogne en vue de sa participation aux opérations d’Indochine.
L’unité fut officiellement reconstituée en Indochine, sous l’appellation de groupe de bombardement I/19 Gascogne, et basée à Tourane. Equipée de Douglas B-26 Invader, elle effectua de nombreuses sorties opérationnelles sur l’Annam et fut engagée au Tonkin au début de l’année 1954, participant notamment à la bataille de Diên Biên Phu. Toujours cantonné à Tourane à la fin de la guerre d’Indochine, le Gascogne continua à s’y entraîner et fut dissous le 1er novembre 1955. Lors de cette campagne, plus de 21000 heures de vol auront été effectuées, près de 13000 tonnes de bombes larguées et 9 équipages auront été perdus.

2ème RECONSTITUTION ET GUERRE D’ALGERIE

L’unité fut recréée le 1er septembre 1956 à Oran, sous l’appellation de groupe de bombardement 1/91, et prit part au conflit algérien. C’est sur la base d’Oran-les-Salines que le groupe recevra son drapeau au cours d’une cérémonie présidée par le Secrétaire d’Etat aux Forces Armées Air, M. Laforest et le Général Bailly, le 20 juin 1957. De nombreuses opérations sont menées conjointement avec les escadrons de chasse de l’Armée de l’Air stationnés en AFN et l’Aéronavale.
Le 1/91 Gascogne accomplit plus de 9000 missions représentant 24000 sorties jusqu’en 1962 et totalisa 44300 heures de vol. Rapatrié à Bordeaux lorsque les hostilités prirent fin en territoire algérien, le Gascogne fut à nouveau dissous le 17 septembre 1962.

3ème RECONSTITUTION ET L’ERE NUCLEAIRE

L’escadron de bombardement 1/91 Gascogne est reformé à Mont de Marsan le 1er juin 1964. Il est le premier escadron à capacité nucléaire, armé de Mirage IV, et il est déclaré opérationnel dès le 1er octobre suivant. Ce fut le « Gascogne » qui eut la charge d’effectuer un tir réel de l’arme nucléaire au Centre d’Expérimentation du Pacifique. En effet, le 19 juillet 1966, après avoir décollé de la base d’Hao, l’arme fut larguée à 05 heures 05 locales, sans aucun problème. Pour en arriver à ce résultat, le Gascogne s’entraînait intensément aux missions longue distance, aux bombardements supersoniques à haute altitude. Il doit d’autre part maintenir en alerte opérationnelle les moyens fixés par le centre opérationnel des FAS.
En février 1965 une décision de l’EMAA autorise l’escadron I/91 « GASCOGNE » à porter la fourragère attribuée à son prédécesseur, le Groupe de bombardement I/91 « GASCOGNE ».
En 1968 les FAS se tournent vers le bombardement basse altitude qui devient la mission principale de l’escadron, le bombardement supersonique n’étant plus retenu que comme bombardement de remplacement.

En 1986, l’EB 01.091 devient le premier escadron opérationnel sur le système d’armes MIVP-ASMP et comprend 7 à 8 MIVP.
En septembre 1992, suite à la dissolution de l’escadron de reconnaissance et d’instruction 01.328 de Bordeaux. Il hérite de la mission de reconnaissance stratégique.
Au printemps 1994, il participe à l’opération Crécerelle de maintien de la paix en Bosnie-Herzégovine en effectuant des missions de reconnaissance photographique au-dessus de ce territoire.
En 1996, l’Etat-major des FAS décide que les Mirage 2000N peuvent dorénavant assurer seuls la mission nucléaire. Les Mirages IVP n’ont maintenant qu’une seule mission : la reconnaissance stratégique lointaine qu’autorise, avec l’aide des ravitailleurs, la singulière endurance du Mirage IV. Le 1er juillet 1996, l’EB 1/91 devient escadron de reconnaissance stratégique, ERS. Equipé du conteneur photographique CT 52 et des fameuses caméras OMERA, le Gascogne a effectué depuis 1968 des missions de reconnaissance importantes comme celle du Tchad en 1974. D’autres missions telles que CONDOR en 1996 et 1997 depuis Djibouti au-dessus des îles Hanish en Mer Rouge, ALADIN en Irak en 1998, HERACLES en 2001-2002 suite aux attentats du 11 septembre, enfin TARPAN en 2003 pour des missions de surveillance au-dessus du territoire irakien, ont su démontrer les fonctions primordiales de l’ERS face aux menaces internationales.
L’ERS a été dissous le 23 juin 2005 à Mont de Marsan.

4ème RECONSTITUTION ET L’ERE DU RAFALE

L'année 2008 marque la renaissance de l'escadron de chasse 01.091 "Gascogne" sur la base aérienne 113 de Saint-Dizier. La BR 66 « Faucon égyptien » escadrille prestigieuse ayant combattu durant la seconde guerre mondiale au sein de la Royal Air Force et ayant servi la mission de dissuasion nucléaire de 1965 à 1986 sur Mirage IV, a rejoint le Gascogne.
Depuis le 1er septembre 2008, l'EC 01.091 "Gascogne" vole sur Rafale F3 et met en oeuvre, depuis l'été 2010, le système d'arme Rafale - ASMP-A (air sol moyenne portée amélioré).
Depuis sa recréation, l'escadron a participé à toutes les opérations extérieures françaises ayant nécessité l'intervention de l'arme aérienne (Harmattan en 2011, Serval en 2014, Barkhane en 2014).
Au premier septembre 2016, la recréation de la 4e Escadre de Chasse sur la base aérienne 113 de Saint-Dizier a entraîné un changement dans la nomenclature officielle. Le 1/91 est devenu le premier escadron de la 4e Escadre sous la dénomination EC 1/4 "Gascogne". Ses missions continuent identiques.

RECOMPENSES ET DECORATIONS DU GASCOGNE

Pour la Grande Guerre :

Pour la Seconde guerre mondiale :

Pour la Guerre d’Indochine :

Pour l’opération TRIDENT (Balkans, 1999) :